mot : Source Académie Française, Emile Littré, Wiktionnaire et dictionnaire critique de la langue française."/>

Mot (nom masculin, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

X e siècle. Emprunté du latin tardif muttum, « son, ».

I. Son, signe, lettre, ou groupe de sons, de signes, de lettres, servant à désigner des objets, à exprimer des actions, des sentiments, des idées, ainsi que leurs rapports. La transcription des s par les divers systèmes d'écriture. Les s de la langue. Mot français, anglais. Mot simple, composé. Mot déclinable. Mot invariable. L'origine, l'étymologie d'un . Ce est dérivé du grec, du latin. Une famille de s. Mot hybride, voir . . Écorcher un , mal le prononcer. L'orthographe d'un . Épeler les lettres d'un ou, simplement, épeler un . Mot illisible. Mot rayé nul, dans un acte juridique. La définition, la signification d'un . Ce a plusieurs acceptions différentes. Ces deux s sont synonymes, homonymes. Le propre, le juste. Le maître , le plus important. Mot expressif. Le est faible, est trop fort pour traduire ma pensée. Ce fut le de trop. Prendre un pour un autre. Figure de s, voir . . Mot usité, rare. Mot savant, technique. Mot familier, populaire, trivial. Mot grossier ou Gros . Par euphémisme, le de cinq lettres, le de Cambronne, le « merde ». Pour opposer la parole à l'idée ou à la réalité. Se payer de s, de vaines paroles. Ce sont des s, ce ne sont que des s, des paroles vides de sens, ou qui ne seront suivies d'aucun effet. Spécialt. Mots croisés, jeu qui consiste à retrouver, à partir de définitions, des s destinés à remplir une grille selon une disposition permettant à la fois une lecture horizontale et une lecture verticale . Mots fléchés, jeu analogue, mais où le joueur est guidé par des flèches. Le d'une charade, qu'il s'agit de deviner dans une charade. Fig. Le de l'énigme, l'explication d'une chose mystérieuse. Mot clef, voir . Mot de passe, secret donnant accès à un lieu, permettant de se joindre à un groupe. Le d'ordre et le de ralliement, en termes de guerre, les deux s qu'un chef donne à ceux qui sont sous ses ordres, pour qu'ils puissent se reconnaître entre eux. Quand un poste reconnaît une patrouille, il en reçoit le d'ordre et lui donne celui de ralliement. On comprend quelquefois ces deux s sous la seule dénomination de Mot d'ordre ou, elliptiquement, de mot. Donner, aller prendre le . Fig. Donner le à quelqu'un, l'avertir, le mettre dans une confidence. Ces gens-là se sont donné le , ils agissent de concert, ils sont d'intelligence. Par ext., en dehors d'un contexte militaire, Mot d'ordre signifie Directive, consigne. Mot d'ordre politique, syndical. Titres célèbres : Un pour un autre, de Jean Tardieu (1951) ; Les Mots, de Jean-Paul Sartre (1964).

II. Pris pour le moyen d'exprimer la pensée, les sentiments, etc. (Se dit le plus souvent d'énoncés assez courts.) Au pluriel. Dire, écrire quelques s à quelqu'un. Des s doux, des s d'amour. Il a eu à leur endroit des s très durs, des s blessants. Je vous expliquerai cela en deux s, succinctement. Au singulier, dans un sens collectif. Si vous le voyez, je vous prie de lui dire un de ma part, un en ma faveur. Je lui ai glissé un de votre affaire. Il a toujours le pour rire. Un , deux s s'il vous plaît, façon elliptique et familière d'interpeller quelqu'un à qui l'on désire parler. S'emploie parfois en manière de menace. J'ai un , deux s à vous dire. Par méton. Billet, courte lettre. Mot de réponse, d'excuse. Envoyer et, fam., mettre un à quelqu'un. Spécialt. Parole mémorable, sentence, apophtegme. Mot historique. C'est un de Montaigne. Trait d'esprit, parole ingénieuse, vive ou saillante. Mot d'esprit, bon ou, simplement, mot. Jeu de s. Mot d'auteur, d'enfant, voir et Enfant . Le d'une devise, la formule qui accompagne la figure (on dit plus souvent Âme ). Dans la devise de Louis XIV, le corps était un soleil, et le : « Nec pluribus impar ».

III. Loc. et expr.
1. Loc. Mot à , pour , sans aucun changement ni dans les s ni dans leur ordre. Transcrire, traduire à . Rapporter pour ce qu'on a entendu dire. Subst. Le à d'un texte, sa traduction littérale. À demi-mot, sans qu'il soit besoin de tout dire. Comprendre à demi-mot. À s couverts, en termes voilés. À ces s, sur ces s, après avoir ainsi parlé. En un , bref ; de la manière la plus concise. Il est courageux, désintéressé, généreux ; en un , c'est un homme accompli. Pour répondre en un à toutes vos objections. Sert aussi à marquer le caractère définitif d'un propos, d'une résolution. En un ou, fam., En un comme en cent, en un comme en mille, je n'en ferai rien.
2. Loc. et expr. Chercher ses s, hésiter, avoir du mal à trouver le terme qui convient. Avoir un sur le bout de la langue (fam.), voir . Peser ses s, parler avec prudence. Compter ses s, parler peu, avec concision. Jouer sur les s, les employer de façon ambiguë, par jeu ou par volonté de tromperie. Manger, avaler ses s, les prononcer trop vite, de façon indistincte. Ne pas mâcher ses s, voir . Ne pas dire, ne pas prononcer un plus haut que l'autre, parler sans élever la voix, en termes modérés. De grands s, exagérés, emphatiques. Le grand est lâché, un terme décisif a été prononcé. Il ne m'a pas dit un de cela, pas un traître , il ne m'en a pas parlé. Pas un ! se dit pour enjoindre à quelqu'un de se taire ou de garder le secret sur quelque chose. N'avoir qu'un à dire, avoir le pouvoir d'obtenir ou d'accorder ce qu'on veut. Il n'aurait qu'un à dire pour vous obtenir cette promotion. Ne dire , ne répondre , ne souffler , garder le silence. Il s'en est allé sans dire. S'il ne dit , il n'en pense pas moins, bien qu'il s'abstienne de le dire, il a une opinion, un parti arrêtés. Dire son , placer son , intervenir dans la conversation. Ne pas pouvoir placer un , être empêché de parler par des bavards. Prov. Qui ne dit consent. Prendre quelqu'un au , interpréter ses propos de manière littérale, ou l'obliger à se conformer à ses paroles. C'est le , le terme qui convient. Voilà le ! N'ayons pas peur du , des s, parlons net, appelons les choses par leur nom. Ne pas savoir le premier d'une chose, en ignorer tout. Le fin , l'explication ultime . Le de la fin, voir . Je n'en crois pas un , il n'y a pas un de vrai dans tout cela . Avoir des s avec quelqu'un (fam.), se quereller avec quelqu'un. Avoir le dernier , l'emporter dans une controverse, un différend. Il n'a pas dit son dernier , il n'a pas renoncé. S'emploie aussi dans la négociation d'un prix, en matière d'argent. Est-ce votre dernier ? votre dernière offre.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Son ou groupe de sons servant à exprimer des actions, des sensations, des sentiments, des idées, ainsi que leurs rapports. "Mot français, latin, grec, etc. Mot barbare. Vieux . Mot qui n'est plus en usage, qui est tombé en désuétude, qui a vieilli. Mot nouveau. Mot usité, inusité. Mot familier, populaire, trivial. Mot savant, technique. Mot rude, harmonieux. Mot de deux syllabes, de trois syllabes. Mot simple, composé. Ces deux s sont synonymes. Choisir ses s. Bien prononcer, bien articuler les s. Ce est fort expressif, fort significatif. Ce n'est pas de la langue. L'emploi, l'arrangement, le choix des mots. Ce a plusieurs significations, plusieurs acceptions différentes. Ce est du style poétique. Ce est dérivé du grec, est emprunté du latin."
"Mot propre," Mot qui exprime avec plus de justesse et d'exactitude que tout autre l'idée qu'on veut faire entendre. "Il faut, pour bien écrire, employer le propre." On dit, par opposition, "Mot impropre."
"Mot faible," Celui qui n'exprime qu'imparfaitement l'idée, qui ne lui donne pas toute sa force.
"Mot à double entente," Mot qui a deux sens, qui est susceptible de deux interprétations. On dit aussi "Mot équivoque" ou "ambigu."
"Mot factice," Mot qui est dérivé d'un autre suivant l'analogie ordinaire, mais dont l'usage n'est pas établi.
"Mot artificiel," Mot dont on se sert pour aider la mémoire par l'arrangement des lettres. Ainsi les termes de Logique, "Barbara, Celarent, etc.," sont des s artificiels dont on se servait pour graver plus aisément dans la mémoire les différentes espèces de syllogismes.
"Mot consacré," Mot qui est tellement propre et usité pour signifier une certaine chose, qu'on ne peut pas se servir d'un autre sans parler improprement. Ainsi, en Théologie, les s "Consubstantiel" et "Transsubstantiation" sont des s consacrés; de même qu'en Physique les s "Gravitation, Raréfaction, Condensation, etc."
"Mot sacramentel" ou "sacramental." Mot qui appartient à un sacrement; et, par extension, Mot qui est essentiel à la validité d'un acte, d'une convention.
"Mot forgé." Voyez FORGER.
"Mot hybride." Voyez HYBRIDE.
Fig. et fam., "Gros ," Juron, grossier, malséant. "Il a dit de gros s, des gros s."
Il signifie aussi Menaces, paroles offensantes. "De la raillerie ils ont passé, ils en sont venus aux gros s."
Fig., "Grand ." Voyez GRAND.
Fam., "Le grand est lâché," Le qu'on retenait est enfin échappé.
"Jeu de s." Voyez JEU.
"Jouer sur les s." Voyez JOUER.
"Mot d'une énigme, d'une charade," Mot qu'on propose à deviner dans une énigme, dans une charade.
Fig., "C'est le de l'énigme," C'est l'explication de cette chose mystérieuse. On dit dans le même sens "Voilà le fin de l'affaire."
Fig. et fam., "Je n'entends pas le fin de tout cela," Je ne comprends pas ce qu'on veut, j'ignore à quoi tendent tous ces discours, ce que signifie cette conduite singulière.
Fig. et fam., "Dire le fin ," Manifester entièrement son projet, ses vues. "Il n'a pas encore dit le fin ."
"Vous dites là le ," Ce que vous dites éclaircit la difficulté, est décisif. "Mot de la fin." Voyez FIN.
Fig. et fam., "Traîner ses s," Parler très lentement. "Compter ses s," Parler avec lenteur et avec affectation. "Manger ses s, la moitié de ses s," Ne pas prononcer nettement toutes les lettres ou toutes les syllabes des s. "Peser ses s," Parler avec prudence, après mûre réflexion.
Fig., "Trancher le ," Nommer les choses par leur nom, parler net. "C'est un homme sans délicatesse; tranchons le , c'est un malhonnête homme." On dit dans le même sens : "Il n'y a qu'un qui serve."
MOT se dit aussi de l'Ensemble des caractères qui figurent un . "Effacer, rayer, ajouter un . Épeler les lettres d'un . Mot illisible. Deux s ont été sautés."
MOT signifie encore Parole vaine, par opposition au sérieux d'une idée ou à la réalité d'un fait. "Se payer de s."
Fam., "Ce sont des s, ce ne sont que des s," Ces paroles sont vides de sens. Les mêmes locutions signifient aussi Ces paroles ne seront suivies d'aucun effet. "Ne vous inquiétez pas de ses menaces, ne croyez pas à ses promesses, ce sont des s, ce ne sont que des s."
MOT se prend aussi pour Ce qu'on dit ou ce qu'on écrit brièvement à quelqu'un. "Si vous le voyez, je vous prie de lui dire un de ma part, un en ma faveur. Il ne m'en a pas dit un , un traître . Il lui a dit un à l'oreille. Je n'ai pas pu placer un dans la conversation. Je lui ai glissé un de votre affaire. Ce , jeté à propos dans la discussion, a concilié tous les avis. Dites-lui un pour moi dans la lettre que vous lui écrivez. Je lui en écrirai un . Faites-moi un de réponse. Je n'ai qu'un , que deux s à vous dire. Je vous expliquerai cela en un , en deux s, en trois s, en quatre s :" l'usage ne va pas plus loin; on ne dit pas "en cinq s."
"En quelques s, en peu de s," Brièvement, succinctement. "Je vous expliquerai l'affaire en quelques s. Voici, en peu de s, le résumé de la situation."
"Comprendre à demi-mot," Comprendre ce qu'un autre veut dire, sans qu'il se soit entièrement expliqué.
"S'exprimer à s couverts." Voyez COUVRIR.
"Ne dire , ne répondre ," Ne point parler, ne point répondre. "Il demeura confus et ne dit . Il est parti sans dire , sans dire. Il n'eut pas le moindre , pas le plus petit à dire. On eut beau l'interroger, il ne répondit pas un ."
Fam., "S'il ne dit , il n'en pense pas moins," se dit d'un Homme qui, pour quelque raison que ce soit, s'abstient de dire ce qu'il éprouve ou ce qu'il pense, et signifie Il a plus d'esprit, plus de sentiment qu'il ne paraît en avoir, ou encore, Quoiqu'il garde le silence, il n'en a pas moins une opinion, un parti très arrêtés sur la chose dont il s'agit.
Prov., "Qui ne dit consent," En certains cas, se taire c'est consentir.
Fam., "Ne pas souffler ," Ne rien dire.
"Dire son , placer son ," Intervenir dans une conversation.
"Avoir le dernier ," Ne pas céder dans une discussion.
Pop., "Avoir des s," Se quereller.
"Un , deux s, s'il vous plaît," Façons de parler elliptiques et familières dont on se sert lorsqu'on appelle quelqu'un pour lui parler.
Par forme de menace, "Nous en dirons deux s quand vous voudrez," Nous viderons notre querelle quand il vous plaira. On dit dans le même sens : "J'ai à me plaindre de lui, je lui en dirai deux s."
Familièrement et par plaisanterie, "Dire deux s à un pâté," Se servir un bon morceau de pâté. On dit dans le même sens "Dire deux s à une bouteille."
MOT signifie encore Sentence, apophtegme, parole mémorable. "Mot historique. C'est un de Montaigne. Ce philosophe a dit un beau , un grand , un remarquable."
Il signifie aussi Trait d'esprit. "Faire des s. Mot heureux. Mot d'esprit." On dit dans un sens analogue "Mot de caractère," Mot qui peint le caractère d'un individu. "Mot d'auteur," Mot qui reflète l'esprit d'un auteur plutôt que le caractère du personnage dans la bouche de qui il est mis.
"Bon ," Trait ingénieux, vif et plaisant. "Dire des bons s. Diseur de bons s. Il aimerait mieux perdre un ami qu'un bon ."
Fam., "Mot pour rire," Ce que l'on dit en plaisantant pour amuser les autres. "Il a toujours le pour rire."
"Il n'y a pas là le pour rire," se dit Lorsque la chose dont on parle est trop sérieuse pour être tournée en plaisanterie.
"Mot à l'emporte-pièce." Voyez EMPORTE- PIÈCE.
MOT se dit, en outre, du Prix que l'on demande ou que l'on offre de quelque chose. "Est-ce votre dernier ? Dites-moi votre dernier . Je ne descendrai pas au-dessous de mille francs : c'est mon dernier ."
"Au bas ," Au plus bas prix, au minimum.
"Prendre quelqu'un au ," Se hâter d'accepter une offre. "Vous m'offrez votre démission : je vous prends au ." Cela se dit surtout quand il s'agit du Prix d'un achat ou d'une vente. "Il ne m'a demandé que vingt francs de ce volume : je l'ai pris au ."
MOT, dans un sens encore plus particulier, désigne un Billet portant assurance ou déclaration de quelque chose. "Je vous prêterai mille francs, mais donnez-moi un de votre main, donnez-moi un d'écrit."
MOT signifie encore Mot convenu et désigne particulièrement, en termes de Guerre, le Mot ou plutôt les deux s qu'un chef donne à ceux qui sont sous ses ordres, pour qu'ils puissent se reconnaître entre eux. Quand le chef donne deux s, ce qui a presque toujours lieu, le premier s'appelle "Mot d'ordre," et le second "Mot de ralliement." Cependant on comprend aussi quelquefois sous la dénomination de "Mot d'ordre" l'un et l'autre de ces deux s. "Donner le . Aller prendre le . Le d'ordre, le qu'on avait donné, le jour du combat, était Masséna et Metz. Quand un poste reconnaît une patrouille, il en reçoit le d'ordre et lui donne celui de ralliement." On disait autrefois dans le même sens "Le du guet."
"Mot de passe," Mot qu'il faut dire pour qu'on vous laisse passer.
Fig., "Avoir le ," Être averti de ce qu'il convient de dire ou de faire dans une certaine circonstance. "Vous pouvez compter sur lui, il a le ."
Fig. et fam., "Ces gens-là se sont donné le ," Ils sont de concert et d'intelligence ensemble.
MOT, dans une devise, signifie les Paroles de la devise. "Dans la devise de Louis XII, le corps était un porc-épic, et le " Cominus et eminus; "dans celle de Louis XIV, le corps était un soleil, et le " Nec pluribus impar.
En termes de Jeu, "Mot carré, Mots croisés," Jeux d'esprit où des lettres disposées en carré ou en croix forment les s que l'on doit deviner.
À CES MOTS, usitée dans la narration. Après avoir ainsi parlé, après qu'on eut ainsi parlé. "À ces s, il quitta la réunion. À ces s, il fondit en larmes."
EN UN MOT, Bref, enfin, en peu de s. "Il est bon, vertueux, désintéressé, généreux; en un , c'est un homme accompli. En un , je n'en ferai rien," Pour répondre en un à toutes vos raisons, je dis que je n'en ferai rien.
"En un comme en cent, en un comme en mille," Façons de parler familières, par lesquelles on marque sa dernière résolution. "En un comme en mille, je suis décidé à n'en rien faire."
MOT À MOT, MOT POUR MOT, Sans aucun changement ni dans les s ni dans leur ordre. "Apprendre quelque chose à . Transcrire, traduire, rendre à . Rapporter à ," ou " pour , tout ce qu'on a entendu dire."
"Cette phrase est pour dans Montaigne, dans Voltaire, etc.," Elle s'y trouve entièrement et dans les mêmes termes.
"Dicter à ," Dicter un après l'autre, ne dicter qu'un à la fois.
MOT À MOT s'emploie quelquefois substantivement et signifie Traduction littérale. "Faire le à d'une version. Voilà le à de la phrase : il reste à la mettre en bon français."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Son monosyllabique ou polysyllabique, composé de plusieurs articulations, qui a un sens.
BALZAC: « Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour, et qu'on appelait autrefois le tyran des s et des syllabes [Malherbe] »
RÉGNIER: « Cependant leur savoir ne s'étend seulement Qu'à regratter un douteux au jugement »
VAUGEL.: « J'ai une certaine tendresse pour tous ces beaux s que je vois ainsi mourir, opprimés par la tyrannie de l'usage qui ne nous en donne point d'autres en leur place »
VAUGEL.: « Je me souviens de cette belle différence qu'il y a entre les personnes et les s, qui est que, quand une personne est accusée et que l'on doute de son innocence, on doit aller à l'absolution ; mais, quand on doute de la bonté d'un , il faut au contraire le condamner et se porter à la rigueur »
MOL.: « Une oreille un peu délicate pâtit furieusement à entendre prononcer ces s-là »
MOL.: « Et Malherbe et Balzao, si savants en beaux s »
PASC.: « Quand, dans un discours, se trouvent des s répétés, et qu'essayant de les corriger, on les trouve si propres, qu'on gâterait le discours, il les faut laisser »
PASC.: « Il y en a qui vont jusqu'à cette absurdité d'expliquer un par le même ; j'en sais qui ont défini la lumière en cette façon : la lumière est un mouvement luminaire.... on voit assez de là qu'il y a des s incapables d'être définis »
PASC.: « Ces s primitifs, espace, temps, mouvement... »
ID.: « ... L'imagination que l'on prend que les bonnes choses [des sciences] sont inaccessibles, en leur donnant le nom de grandes, hautes, élevées, sublimes.... je voudrais les nommer basses, communes, familières ; ces noms-là leur conviennent mieux, je hais les s d'enflure »
SÉV.: « Quelle facilité, quelle éloquence [dans une lettre] ! avec quel respect tous les s viennent s'offrir à vous et à l'arrangement que vous en faites ! »
BOSSUET: « Il ne faut jamais disputer des s, mais tâcher de les entendre »
FLÉCH.: « On vit redoubler sa valeur ; n'entendez pas par ce une hardiesse vaine, indiscrète, emportée »
BOILEAU: « Quand la Toute-Puissance D'un forma le ciel, l'air, la terre et les flots »
BOILEAU: « Ce n'est pas quelquefois qu'une muse un peu fine Sur un en passant ne joue et ne badine »
BOILEAU: « Ainsi, recommençant un ouvrage vingt fois, Si j'écris quatre s, j'en effacerai trois »
BOILEAU: « Il est un heureux choix de s harmonieux ; Fuyez des mauvais sons le concours odieux »
BOILEAU: « Mais mon esprit, tremblant sur le choix de ses s, N'en dira jamais un s'il ne tombe à propos »
BOILEAU: « Et sur le ton grondeur lorsqu'elle les harangue [ses domestiques], Il faut voir de quels s elle enrichit la langue »
BOILEAU: « Enfin Malherbe vint.... D'un mis en sa place enseigna le pouvoir »
BOILEAU: « Tantôt, cherchant la fin d'un vers que je construi, Je trouve au coin d'un bois le qui m'avait fui »
BOILEAU: « Et, sans dire un seul , j'avalais au hasard Quelque aile de poulet.... »
RAC.: « Ils me font dire aussi des s longs d'une toise »
RAC.: « Josabet livrerait même sa propre vie, S'il fallait que sa vie, à sa sincérité, Coûtât le moindre contre la vérité »
RAC.: « D'un ou d'un regard je puis le secourir »
LA BRUY.: « Marot, par son tour et par son style, semble avoir écrit depuis Ronsard ; il n'y a guère entre ce premier et nous que la différence de quelques s »
LA BRUY.: « Combien de ces s aventuriers qui paraissent subitement, durent un temps, et que bientôt on ne revoit plus ! »
LA BRUY.: « Il n'appartient qu'à elles [les femmes] de faire lire dans un tout un sentiment, et de rendre délicatement une pensée qui est délicate »
VOLT.: « Chaque dans mon coeur enfonce le poignard »
VOLT.: « Citer les meilleurs auteurs qui ont fait usage de ce , faire voir le plus ou moins d'étendue qu'ils lui ont donné, remarquer s'il est plus propre à la poésie qu'à la prose »
DIDEROT: « Quelle perte pour ceux d'entre nos écrivains qui ont l'imagination forte, que celle de tant de s que nous revoyons avec plaisir dans Amyot et dans Montaigne ! »
DUCLOS: « Un seul renferme souvent une collection d'idées : tels sont les termes d'esprit et de coeur »
SENNEBIER: « Les s sont des termes moyens entre les idées et les objets ; l'idée doit produire le , et le doit rappeler l'idée ; mais le sens des s n'est pas toujours tellement déterminé qu'il amène cet effet »
P. L. COUR.: « Mais l'abus.... sottise que ce ; ceux qui l'ont inventé, ce sont eux qui vraiment abusent de la presse »
CARREL: « Ce pamphlétaire [P. L. Courier], qui ne se gênait d'aucune vérité périlleuse à dire, hésitait sur un , sur une virgule, se montrait timide à toute façon de parler qui n'était pas de la langue de ses auteurs »
    Fig.
V. HUGO: « Là [sur la falaise], tout est comme un rêve, Chaque voix a des s, Tout parle.... »
    Familièrement. Traîner ses s, parler très lentement.
    Compter ses s, parler avec lenteur et avec affectation.
    Manger ses s, voy. MANGER.
    Absolument. Pas un , c'est-à-dire silence complet.
J. J. ROUSS.: « Croyant que Milord l'avait oublié, je lui en parle avant de nous mettre à table ; pas un comme auparavant »
    Fig. N'entendre pas un de quelque chose, y être tout à fait ignorant, étranger.
VOIT.: « Il n'entend pas un de finances »
    On dit dans le même sens : il n'en sait pas un , il n'en sait pas le plus petit .
GENLIS: « Elle ne sait pas le plus petit de tout ceci »
    Dire les s et les paroles, dire crûment une chose qui aurait besoin d'être adoucie par l'expression.
    Un à deux ententes, à double entente, à double sens, susceptible de deux interprétations.
    On dit aussi : équivoque, ambigu.
MOL.: « Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence Que d'un ambigu peut avoir l'innocence »
    Il n'y a pas le de vrai, un de vrai dans ce qu'on vous a rapporté, c'est-à-dire tout y est faux, controuvé.
GOLDONI: « Il n'y a pas le de vrai de tout ce que vous imaginez là »
    Un pour l'autre, dit ou écrit en place du qu'il faudrait.
GRESSET: « On nous a pour la vie Chassés de vingt maisons. - Chassés ! quelle folie ! - Oh ! c'est un pour l'autre, et puisqu'il faut choisir, Point chassés, mais priés de ne plus revenir »

 2   Mot nouveau, qui n'existait pas dans la langue, et que l'on crée pour une raison quelconque.
VAUGEL.: « Si est-ce que, lorsqu'il est question de faire un nouveau dont il semble que l'on ne peut se passer, comme est celui d'exactitude, la première chose à quoi il faut prendre garde, est qu'il ne soit point équivoque ; car dès là faites état qu'il ne sera jamais bien reçu »
LA BRUY.: « L'on écrit régulièrement depuis vingt années ; l'on est esclave de la construction ; l'on a enrichi la langue de nouveaux s »
D'OLIVET: « Il ne s'y trouve pas [dans Racine] un nouveau, c'est-à-dire pas un de ces s qui se faisaient de son temps, comme il s'en est toujours fait et comme il s'en fera toujours »
VOLT.: « N'employez jamais un nouveau, à moins qu'il n'ait ces trois qualités : être nécessaire, intelligible et sonore »
    Mot propre, qui exprime avec plus de justesse et d'exactitude que tout autre l'idée qu'on veut faire entendre.
GENLIS: « La haine, qui s'efforce de paraître impartiale, n'a jamais pour la louange le propre, parce qu'elle ne cherche que des termes qui puissent affaiblir la vérité qu'elle exprime à regret »
    On dit par opposition : impropre.
    Mot faible, celui qui n'exprime l'idée qu'imparfaitement.

 3   Mots consacrés, s qui sont tellement propres et usités pour signifier certaines choses, qu'on ne peut se servir d'un autre sans parler improprement.
    Mots sacramentels ou sacramentaux, s qui appartiennent à un sacrement. Par extension, s sacramentels, ceux qui sont essentiels à la validité d'un acte, d'une convention.
    Mot factice ou fictif, qui n'existe pas réellement, mais qui est fait suivant les analogies de la langue.
    Mot forgé, créé par plaisanterie, d'après quelque circonstance ou quelque nom. Tartufiée est un forgé.
    Mot hybride, voy. HYBRIDE.
    Mot artificiel, sans signification, mais composé de telles lettres ou syllabes qu'il sert à rappeler certains objets et à aider la mémoire. Barbara dans la logique est un artificiel qui désigne un syllogisme dont les trois propositions sont universelles affirmatives.

 4   Familièrement. Gros s, jurements.
BEAUMARCH.: « Sortez, m'a-t-il dit, petit.... je n'ose pas prononcer devant une femme le gros qu'il a dit »
    Gros s, menaces, paroles offensantes.
VOYER D'ARGENSON: « L'évêque de Rouen essuya les plus gros s, dont la reine est prodigue dans sa colère »
    Voy. aussi GROS, au n° 12.
    L'Académie donne : il a dit de gros s et des gros s ; c'est la même observation que pour de bons s ou des bons s, voy. BON, Rem. 4.
    Populairement. Avoir des s, échanger des reproches.
    Mots gras, s qui contiennent quelque impureté, et qu'on ne doit point dire en honnête compagnie et surtout devant des femmes.
    Mots de gueule, voy. GUEULE, au n° 3.

 5   Grands s, paroles ampoulées.
BOILEAU: « Il [Ronsard] vit... Tomber de ses grands s le faste pédantesque »
BOILEAU: « Tout beau, dira quelqu'un, vous entrez en furie ; à quoi bon ces grands s ?.... »
LA BRUYÈRE: « Les pédants.... ne la distinguent pas [l'éloquence] de l'entassement des figures, de l'usage des grands s et de la rondeur des périodes »
    Grands s, expressions scientifiques employées hors de propos (voy. GRAND, n° 8).
BOILEAU: « ... La métaphore et la métonymie, Grands s que Pradon croit des termes de chimie »
    Un grand , une parole de grande importance.
CORN.: « Ô l'heureuse nouvelle, Le grand qu'on m'a dit ! nous irons, peuple aimé, Nous entrerons, troupe fidèle Dans la maison du Dieu qui seul a tout formé »
    Familièrement. Le grand est lâché, le qu'on retenait est enfin prononcé.

 6   Paroles, et, particulièrement, peu de paroles. Dites-lui un en ma faveur. Il n'a pas pu placer un dans la conversation.
CORN.: « Un ne fait pas voir jusques au fond d'une âme »
CORN.: « Faute d'un d'aveu dont il n'ose douter »
MOL.: « Ils ne m'ont jamais dit un de leur amour »
SÉV.: « Mais disons donc un pauvre de ma fille »
SÉV.: « Il n'a pas trouvé le moment de dire un en faveur de mon fils »
MAINTENON: « J'ai dit aussi que je croyais qu'il faudrait, quand il sera tout à fait résolu, en dire un petit au roi ; je voudrais que ce passât par vous »
BOILEAU: « Le prélat.... Leur confie en ces s sa trop juste douleur »
RAC.: « Dès le premier ma langue embarrassée Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée »
RAC.: « Souvent d'un grand dessein un nous fait juger »
RAC.: « Seigneur, dites un , et vous nous sauvez tous »
SAINT-SIMON: « Une audience destinée à rendre sommaire justice au peuple, aux artisans et aux petites affaires qui n'ont qu'un »
LESAGE: « Léonor, qui était à la porte de sa chambre, ne perdait pas un de ce que l'on disait »
LAMOTTE: « Jamais un d'amour n'est sorti de sa bouche »
VOLT.: « Si M. le maréchal de Richelieu était à Versailles, il pourrait lui en dire quelques s, c'est-à-dire, en faire quelques plaisanteries, tourner mon entreprise en ridicule, se bien moquer de moi et de ma colonie »
VOLT.: « Ces raisons seront bien moins fortes qu'un de votre bouche, et je vous supplie d'avoir la bonté de dire ce à un prince qui ne se fait pas prier quand il s'agit de faire des heureux »
GILB.: « Et de son plein savoir, si je réplique un , Pour prouver que j'ai tort, il me déclare un sot »
P. L. COUR.: « C'est un mérite non commun, ni facile, de clore en peu de s beaucoup de sens »
    Toucher un de, recommander une affaire, une personne.
    Elliptiquement, un , se dit pour touchez un , recommandez.
P. CORN.: « Cependant, s'il est vrai que mon service plaise, Sire, un bon de grâce au père de la Chaise [qui avait la feuille des bénéfices] »
    Si je n'en disais , je n'en pensais pas moins, c'est-à-dire tout en me taisant je n'en gardais pas moins ma pensée (voy. DIRE, n° 28).
RÉGNIER: « Si je n'en disais , je n'en pensais pas moins »
    N'avoir pas le à dire, le plus petit à dire, être sans aucun droit pour élever des objections.
SÉV.: « Elle est, je vous assure, bien mortifiée et bien décontenancée ; je la vis l'autre jour, elle n'a pas le à dire »
SÉV.: « Je n'ai pas le dire à tout le premier article de votre lettre »
SÉV.: « Tout cela fut traité avec une justesse, une droiture, une vérité, que les plus grands critiques n'auraient pas eu le à dire »
MARIV.: « Il n'y a pas le plus petit à dire à cela »
    N'être pas à un , ne pas se laisser imposer silence.
SAINT-SIMON: « M. de Rohan n'était pas à un , ni aisé à persuader »
    Avoir le dernier , l'emporter dans une discussion, faire taire son adversaire.
FÉN.: « Oh ! puisque vous le prenez par là, vous n'aurez pas le dernier »
    Au premier , à la première parole qui se dit de quelque chose, dès qu'on peut comprendre ce dont il s'agit.
MOL.: « Un noble coeur au premier doit prendre son parti »
MAINTENON: « J'ai lu votre lettre au roi, qui l'a entendue au premier »
    Il faut que tout passe à son , il faut que tout se fasse comme il l'entend.
BOSSUET: « Mais que peut-on espérer, quand un homme, et encore un homme qui n'a pas plus d'autorité ni peut-être plus de savoir que les autres, ne veut rien entendre, et qu'il faut que tout passe à son ? »
    Dire deux s, tenir quelque discours très court.
CORN.: « Mais, de grâce encor, sire, Deux s en sa défense »
MOL.: « Et j'ai deux s à vous dire De la part de Jupiter »
    Dire deux s de, s'occuper de l'affaire dont il s'agit.
LA FONT.: « L'autre reprit : il vous faut un remède, Demain matin, nous en dirons deux s »
HAMILT.: « Il est là dedans qui lui en dit deux s »
    Par forme de menace. Nous en dirons deux s quand vous voudrez, nous viderons notre querelle quand il vous plaira.
    On dit dans le même sens : J'ai à me plaindre de lui, je lui en dirai deux s.
    Par forme de provocation, quand on veut avoir une explication avec quelqu'un.
CORN.: « À moi, comte, deux s »
    Par extension et par plaisanterie. Disons deux s à cette bouteille de bourgogne, à ce pâté, entamons cette bouteille, ce pâté.
    Dire son , parler à propos, donner son avis, prendre part à la conversation.
LA FONT.: « Chacun lui dit son cette fois-là »
SÉV.: « Vous faites un dialogue, chacun y dit son très plaisamment »
MAINTENON: « S'il faut absolument que je dise mon , je commencerais par la douceur »
VOLT.: « Sur l'Oedipe nouveau de cette énigme obscure [l'univers], Chacun a dit »
    Vous m'en direz quelques s, c'est-à-dire vous apprécierez combien cela est bon, utile, etc.
LA FONT.: « Tu m'en diras quelques s dans deux jours »
    Ne dire , ne répondre , ne point parler, ne point répondre.
CORN.: « Celle qui n'a dit , Monsieur, c'est la plus belle ou je ne suis qu'un sot »
MOL.: « Et vous ne dites à ces indignités »
PASC.: « Comme il ne répondit , je dis.... »
LANOUE: « Le bruit est pour le fat, les plaintes pour le sot ; L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit »
BERN. DE ST-P.: « Il écoutait tout et ne disait »
    On dit dans un sens analogue : ne sonner , ne souffler .
BÉRANG.: « Ne soufflez , retenez votre haleine ; Tremblez, enfants, vous qui jurez parfois »
    Trancher le , dire tout net, ne point pallier son discours, s'exprimer sans feinte, donner une réponse décisive.
SCARR.: « Avoir prédit, tranchant le , Qu'il ne serait jamais qu'un sot »
    Un , deux s, s'il vous plaît, se dit familièrement pour appeler quelqu'un quand on a à lui parler.
MOL.: « De grâce, un , mon frère »

 7   Ce qu'on écrit brièvement à quelqu'un. Je lui en écrirai un .
SÉV.: « Dites-moi quelque petit de ma tante »
SÉV.: « Un de notre voyage, ma chère enfant »
VOLT.: « Il serait à désirer que tous ceux qui prennent le parti de sortir de la vie laissassent par écrit leurs raisons, avec un petit de leur philosophie ; cela ne serait pas inutile aux vivants et à l'histoire de l'esprit humain »
VOLT.: « Il n'y avait pas un de tout cela dans votre livre, mon cher oncle »
V. HUGO: « Garder dans son coeur de jeune homme Un nom mystérieux que jamais on ne nomme, Glisser un furtif dans une tendre main »

 8   Les s, par opposition aux choses.
PELLISSON: « Si quelqu'un, plein de pensées plus hautes, prétend ici plus superbement mépriser toute cette étude des s et du langage.... »
D'OLIVET: « Un jeune Grec employait à l'étude des choses les précieuses années qu'un jeune Français consacre à l'étude des s »
    Ce sont des s, ce ne sont que des s, c'est-à-dire ces paroles sont vides de sens ; et aussi ces paroles ne seront suivies d'aucun effet. Un d'écrit, un billet court.
VOIT.: « N'ayant reçu des recommandations que de deux ou trois personnes, je me plaignais en général de toutes les autres, de qui je n'avais pas ouï un depuis que je suis ici »
VOIT.: « Celui qui l'a fait [un sonnet] devait bien connaître l'humeur de la personne [une dame] à qui il écrivait, puisqu'ayant perdu un amant, il ne lui en dit pas un de consolation »
MOL.: « Que dites-vous du tour, et de ce d'écrit ? »
    On dit dans le même sens : un , deux s. Donnez-moi un , donnez-moi deux s de votre main.
MOL.: « Tenez, voyez ce , et sortez hors de doute ; Lisez-le donc tout haut »

 9   Sentence, apophthegme, dit notable, parole mémorable.
BOSSUET: « Le docte saint Jean Chrysostome a renfermé en un petit une sentence remarquable, quand il a dit.... »
BOSSUET: « Saint Grégoire de Nazianze a dit ce beau du grand saint Basile : Il était prêtre, dit-il, avant même que d'être prêtre »
HAMILT.: « Ces s heureux qu'une approbation universelle transmet à la postérité »
MASS.: « Après avoir supputé longtemps sa dépense et ses forces, selon le de l'Évangile, elle en demeure là et ne jette pas même les premiers fondements de l'édifice »
VOLT.: « Savez-vous bien que Pythagore, qui n'était pas un sot, et qui a mis toute sa philosophie en logogriphes, dit dans un de ses préceptes : Ne mangez pas votre coeur. C'est un grand »
    Il se dit aussi de pensées moins importantes. Il lui échappe des s fort heureux.
BOILEAU: « Et tel , pour avoir réjoui le lecteur, A coûté bien souvent des larmes à l'auteur »
BOILEAU: « Et dès qu'un plaisant vient luire à mon esprit, Je n'ai point de repos qu'il ne soit en écrit »
    Mot d'Évangile, voy. ÉVANGILE.

 10   Un bon , une parole pleine de sens, de force (sens peu usité).
PASC.: « [Montaigne] s'arrête à faire entendre qu'il ne faut pas juger de la capacité d'un homme par l'excellence d'un bon qu'on lui entend dire »
    Plus ordinairement, chose dite avec esprit.
RÉGNIER: « Un jeune frisé.... Me vint prendre et me dit, pensant dire un bon : Pour un poëte du temps, vous êtes trop dévot »
LA FONT.: « Dieu ne créa que pour les sots Les méchants diseurs de bons s »
MOL.: « Et dans tous ses propos On voit qu'il se travaille à dire de bons s »
PASC.: « Diseur de bons s, mauvais caractère »
LA BRUY.: « Diseur de bons s, mauvais caractère : je le dirais, s'il n'avait été dit »
SÉV.: « M. de Pompone m'a mandé qu'il me priait d'écrire tous les bons s de Mme Cornuel »
BOSSUET: « Les uns.... d'autres.... j'en vois qui sont sans cesse à étudier de bons s, pour avoir l'applaudissement du beau monde »
BOILEAU: « Un jeune fou qui se croit tout permis, Et qui pour un bon va perdre vingt amis »
BOILEAU: « Ils blanchissent auprès d'eux [les rois] dans la pratique des bons s, qui leur tiennent lieu d'exploits ; mais ils s'attirent, à force d'être plaisants, des emplois graves »
Mme DE CAYLUS: « Personne, après Mme Cornuel, n'a plus dit de bons s que Mme de Coulanges »
VOISENON: « Les bons s sont des hasards, et les agréments sont des titres »
VOLT.: « Cacambo expliquait les bons s du roi à Candide, et, quoique traduits, ils paraissaient toujours des bons s ; de tout ce qui étonnait Candide, ce n'était pas ce qui l'étonnait le moins »
VOLT.: « Par des bons s, qui piquent et qu'on aime, Si naturels que l'on croirait soi-même Les avoir dits »
VOLT.: « Je vous réponds que, si le roi a autant de millions que l'abbé de Voisenon dit de bons s, il est plus riche que les empereurs de la Chine et des Indes »
GRESSET: « J'ai rencontré souvent de ces gens à bons s, De ces hommes charmants qui n'étaient que des sots »
DELILLE: « Et faisait jaillir à propos Le feu de la saillie et l'éclair des bons s »
DELILLE: « .... Un flacon délectable Verse avec son nectar les aimables propos, Et, comme son bouchon, fait partir les bons s »
    Absolument.
GRESSET: « Des s, de bons s, des traits d'esprit Est-ce bien là l'emploi qu'un bon esprit doit prendre ? L'orateur des foyers et des mauvais propos ? Quels titres sont les siens ? l'insolence et des s »
CONDORCET: « Né avec le talent de la plaisanterie, ses s étaient souvent répétés »
    On dit maintenant en ce sens : faire des s.

 11   Mot fin, expression dont la force ou l'esprit ne paraît qu'après qu'on y a réfléchi.

 12   Fig. Le fin , ce qu'il y a de secret, d'important dans une affaire.
    Je n'entends pas le fin de tout cela, je ne comprends pas ce qu'on veut, à quoi tendent tous ces discours et cette conduite singulière.
    Dire le fin , manifester entièrement son projet, ses vues.

 13   Mot trouvé, si heureux ou si heureusement placé, qu'il semble le résultat d'une trouvaille, non d'un effort de l'esprit.
LA FONT.: « Qui pense finement et s'exprime avec grâce Fait tout passer ; car tout passe ; Je l'ai cent fois éprouvé, Quand le est bien trouvé »
VOLT.: « Voilà ce que Boileau appelle des s trouvés »

 14   Familièrement. Mot pour rire, ce que l'on dit en plaisantant pour amuser les autres.
RÉGNIER: « Eh bien, il parle livre ; il a le pour rire »
COLLIN D'HARLEVILLE: « Le bon Picard a donc le petit pour rire ! »
    Il n'y a pas le pour rire, se dit lorsqu'un homme, voulant être plaisant, ne l'est pas du tout. Il n'y a pas le pour rire à ce qu'il dit. Où est là le pour rire ?
    Je ne sais où est le pour rire dans cette affaire, se dit d'une affaire qui a mal réussi, qui est fort désagréable.
    Il n'y a pas là le pour rire, le plus petit pour rire, la chose dont on parle ne doit pas être tournée en plaisanterie.

 15   Prix que l'on demande ou que l'on offre d'une chose. Je n'en rabattrai rien ; je n'ai pas deux s.
SAINT-SIMON: « Je priai Jolet de faire le marché au du père [au prix que le père avait marqué], et que je donnerais le surplus »
    Le premier , le premier prix, celui sur lequel il est possible que l'on fasse quelque diminution ou quelque augmentation.
    Le dernier , le dernier prix que l'on offre ou que l'on accepte.
ANDRIEUX: « Allons, ton dernier , bonhomme, et prends-y garde. - Faut-il vous parler clair ? - Oui. - C'est que je le garde [mon moulin] ; Voilà mon dernier »
    Fig. Il se dit, dans toute discussion, de ce qui est la détermination dernière.
COLLIN D'HARLEVILLE: « Fort bien ! C'est votre dernier ? et moi voici le mien »
    Au bas , en évaluant la chose au plus petit prix.
    Prendre au , accepter sur-le-champ les offres, les propositions qui sont faites, et, en général, les dires de quelqu'un.
CORN.: « On prend soudain au les hommes de sa sorte »
SCARR.: « Maître AEéas au le prit, Et fit compliment au poëte »
BOSSUET: « Vous êtes bientôt prise au , ma fille »
HAMILT.: « Sans s'imaginer qu'elle dût le prendre au »
MARIVAUX: « J'aurais été le plus puni, si l'on m'eût pris au »
DIDER.: « Quelque permission qu'ils [les grands] semblent nous donner d'oublier leur rang, il ne faut jamais les prendre au »
    Lâcher le , voy. LÂCHER, n° 10.

 16   Le d'une énigme, d'une charade, d'un logogriphe, le qu'on propose à deviner dans une énigme, dans un logogriphe, etc.
    Fig.
VOLT.: « C'est une énigme dont chacun a cherché le depuis Pythagore »
GENLIS: « Il est nécessaire de vous expliquer cette énigme ; en voici le .... »
    Fig. Le de la situation, ce qui l'explique.
    Fig. Chercher le , avoir le d'une chose, en chercher, en avoir trouvé l'explication.
LAMART.: « J'ai vainement cherche le de l'univers »
    Vous dites là le , ce que vous dites éclaircit la difficulté, est décisif.
RAYNAL: « Le gouvernement deviendra toujours corrupteur, quand, par sa nature, il sera corrompu ; voilà le »

 17   Mot, dans une devise, signifie les paroles de la devise.
    Il se dit également d'un ou d'une phrase courte que quelques maisons illustres placent dans leurs armoiries.

 18   Terme de guerre. Mot d'ordre, sorte de reconnaissance donnée par un chef à ceux qui sont sous ses ordres pour qu'ils puissent se reconnaître, et qui est composée de deux s : l'un, d'ordre proprement dit, est celui de la demande ; l'autre, de ralliement, est celui de la réponse. Donner le , prendre le , porter le . Quand un poste reconnaît une patrouille, il en reçoit le d'ordre, et donne celui de ralliement. Quand une patrouille rencontre une ronde, elle lui donne les deux s d'ordre.
     Seignelay à Demuin, 1681, dans JAL: Il est arrivé à Brest une contestation entre le sieur chevalier de Chasteaurenaut et le sieur comte de Sourdis, chefs d'escadre, sur le commandement dans ledit port, ce dernier ayant prétendu donner le , quoique moins ancien...
M. J. CHÉN.: « Les s de ralliement ! - Dieu, Charle et Médicis »
    On disait autrefois dans le même sens : le du guet.
DIDER.: « Son fils avait donné pour du guet : la meilleure des mères »
    Le de passe, le qu'il faut dire pour qu'on vous laisse passer par un endroit gardé.
    Fig.
P. L. COUR.: « Prendre le de, subir les ordres de... Il dit, et croit bien dire, parlant de moi, le loustic du parti national, et fait là une faute, sans s'en douter, le bonhomme ; le est étranger ; lorsque l'on prend le des puissances étrangères, il ne faut pas le changer Fig. Avoir le , être averti de ce qu'il convient de faire ou de dire dans certaines circonstances. »
TH. CORN.: « Elle aura beau s'en plaindre ; Le concierge a le , vous n'avez rien à craindre »
VOLT.: « Le roi, qui avait le , avait étalé tous ses trésors »
J. J. ROUSS.: « M. d'Orbe a le pour entamer une savante dissertation »
    Dans un sens analogue, donner le , indiquer ce qu'il faut dire ou faire.
LA FONT.: « Janot, à qui Richard avait donné le »
MARIV.: « La voilà qui donne le à toute cette société de gens de bien, afin qu'ils concourent avec elle au succès de son entreprise »
    Fig. Se donner le du guet, se dire le , se donner le , c'est-à-dire être de concert, d'intelligence ensemble.
LA FONT.: « Comme si toutes deux s'étaient donné le »
LA BRUY.: « Si nous pouvions nous donner le de devenir sages »
VOLT.: « Toutes les nations ont dansé autrefois à la nouvelle lune ; s'étaient-elles donné le ? non, pas plus que pour se réjouir à la naissance de son fils »

 19   En un , bref, enfin.
BOSSUET: « En un , il faut vivre de manière que nous mourions à l'usage même de la vie »
RAC.: « Elle flotte, elle hésite, en un elle est femme »
    En un , en une seule parole, en quelques paroles. En un , je n'en ferai rien. Pour répondre en un à toutes vos raisons, je vous dis que je n'y irai pas.
    En deux s, en trois s, même sens.
DESTOUCHES: « Voilà précisément mon histoire en trois s »
CORN.: « Nicomède, en deux s, ce désordre me fâche »
BOURDAL.: « Admirable portrait des gens du siècle, exprimé en deux s par ce saint docteur »
    En peu de s, brièvement.
BOILEAU: « ....Qu'il n'est point de coupable en repos ; C'est ce qu'il faut ici montrer en peu de s »
    Familièrement. Autant en un qu'en cent, qu'en mille ; en un comme en cent, comme en mille, façons de parler par lesquelles on exprime sa dernière résolution.
BOURSAULT: « En un comme en cent, je ne puis faire mieux »
MARIV.: « En un comme en mille, tournez tant qu'il vous plaira, il n'y a rien de tel que d'être sage »

 20   Mot à , pour , sans aucun changement ni dans les s ni dans leur ordre.
MOL.: « Rappelle tous tes sens, rentre bien dans ton âme, Et réponds pour à chaque question »
PASC.: « Lessius que le père Héreau suit à »
SÉV.: « Elle me conta à une conversation qu'elle avait eue avec le roi »
HAMILT.: « C'est en vain qu'on écrirait pour ces narrations »
MARMONTEL: « Il manquait d'intelligence et d'instruction, au point qu'il fallut lui expliquer son rôle en langage vulgaire et le lui montrer à comme à un enfant »
    Cela est pour , à dans Montaigne, dans Bossuet, cela s'y trouve entièrement, identiquement.
PASC.: « Pour savoir si elles [ces propositions] étaient à dans Jansénius ou non »
SAINT-FOIX: « Croirait-on que le jugement de Sancho dans l'île de Barataria est tiré presque à d'un recueil de légendes écrites en latin par un Espagnol du XIIe siècle, et dont la bibliothèque du roi conserve le manuscrit ? »
VOLT.: « Cet homme [Bolingbroke], qui avait sans doute un beau génie, donna au célèbre Pope son plan du Tout est bien, qu'on retrouve en effet pour dans les oeuvres posthumes de milord Bolingbroke »
    Dicter à , dicter un après l'autre, ne dicter qu'un à la fois.
    Traduire à , traduire un d'une langue en place d'un d'une autre langue, sans rien changer à l'ordre.
ROLLIN: « Homère, ce poëte si sensé, si harmonieux, si sublime, devient puéril, insipide et d'une bassesse insupportable quand on entreprend de le traduire en latin à , comme saint Jérôme l'a sagement remarqué »
    S. m. Le à , une traduction littérale. Faire le à .

 21   De à , même sens.
BOSSUET: « Voici donc de à comme on parla »
BOSSUET: « Qui voudra faire un tissu de toute la doctrine de saint Augustin, n'a qu'à ramasser, de à seulement, ce qu'on trouve dans les endroits que ce Père a cités de saint Ambroise »

 22   À ces s, loc. adv. usitée dans la narration, et signifiant après qu'il a été parlé ainsi.
BOILEAU: « À ces s.... reconnaissant ma faute »
    On dit dans un sens analogue : à ce .
RAC.: « Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive ; Qu'il lui rende.... à ce , ce héros expiré.... »

 23   À demi-mot, sans dire tout. S'expliquer à demi-mot.
    Entendre à demi-mot, comprendre promptement ce qu'une personne veut dire, dès qu'elle a commencé de parler.
MOL.: « J'entends à demi- où va la raillerie »
SÉV.: « Nous étions bien propres à vivre dans une même ville : nous nous entendons, ce me semble, à demi-mot »
CHATEAUB.: « On dirait que les coeurs qui s'aiment s'entendent à demi- »
    S. m. Le demi-mot, sorte de réticence par laquelle on fait entendre sa pensée sans l'exprimer nettement ; le demi- se rattache à l'euphémisme.
LA FONT.: « Riotes entre amants sont jeux pour la plupart ; Vous les trouverez tous bâtis sur ce modèle ; Un les met au champ, demi- les rappelle »
BOSSUET: « Ce trait que vous lancez en passant, cette parole malicieuse, ce demi- qui donne tant à penser par son obscurité affectée »
    Au plur. Demi-mots, insinuations, ouvertures discrètes.
SAINT-SIMON: « D'Antin hasarda des demi-mots qui firent que le roi lui dit le mariage »
MARMONTEL: « On sait comment il opinait : des demi-mots, des réticences, des phrases indécises ; du vague et de l'obscurité, ce fut tout ce que j'en tirai »

 24   À s couverts, en employant des expressions qui voilent le sens de ce qu'on dit.
MIRAB.: « D'après ce que tu m'en dis à s couverts »

 25   Mot se disait, dans l'ancienne poésie française, d'un vers qui se répétait dans toutes les stances d'un poëme ; ces stances s'appelaient gloses.

 26   En termes de vénerie, sonner un ou deux s, faire entendre, avec le cor, une ou deux notes prolongées.

PROVERBES
    Qui ne dit consent, en certains cas, se taire c'est consentir.
REGNARD: « Sotencourt : Hem ! vous ne dites . - Lisette, à part : Qui ne dit consent »
    Il n'y a qu'un qui serve, il faut parler franc et sans déguisement, et dire une parole sur quoi on puisse faire quelque fond.
MOL.: « Écoutez ; il n'y a qu'un qui serve ; je n'entends pas que vous ayez d'autres noms »
    Quand les s sont dits, l'eau bénite est faite, quand on a conclu un marché, il faut l'exécuter.

REMARQUE
    1. Après employé pour annoncer un substantif, adjectif, verbe, adverbe, préposition que l'on cite, on joint ce substantif, etc. à sans préposition : Dans le tempête la pénultième syllabe est longue, Dict. de l'Acad. au pénultième. On peut aussi intercaler la préposition de : Le de vertu emporte presque toujours l'idée d'effort fait sur soi-même, Dict. de l'Acad. emporter. User des s de tu et de toi en parlant à quelqu'un, ib. tutoyer.
    2. D'après Pautex, il vaut mieux mettre de en trois cas : 1° quand peut être remplacé par épithète : Le de gredin est injurieux ; 2° quand peut être remplacé par nom : Le de gazetier a été remplacé par le de journaliste ; 3° quand est équivalent à idée ou à quelque autre terme semblable : Le de mort est pénible à certaines personnes.

SYNONYME
    1. MOT, TERME., À l'idée de , terme ajoute l'idée de convenance au sujet dont on parle : La pureté du langage dépend des s ; la précision du langage dépend des termes.
    2. MOT, PAROLE., Les paroles sont le son émis comme exprimant une idée, tandis que les s représentent non-seulement le son, mais aussi l'écriture ; mais, dans quelques cas, se prend pour paroles, et il en devient synonyme : S'exprimer en peu de s ou en peu de paroles.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. II: N'i ad paien qui un sul respondet
     ib. XXX: N'i a celui qui sont [sonne] ne tint [tinte]
     ib. LXXXIX: Il lur a dit un curteisement
     ib. XC: Il n'en sait , n'i a coulpe li bers
     ib. XCI: De nos franceis [il] va disant si mals moz
    XIIème siècle
     Ronc. 56: Après ces moz [il] a son cheval monté
     ib. 94: À icest cheït Gautiers pasmés
     ib. 166: Que [ils] n'en savent par homme qui soit né
     ib. 196: Li cuiverz [le misérable] ne dit , l'ame s'en est alée
     Couci, IV: Et je, qui sui au morir, Ne sai qu'un , tant [je] le desir : Merci
     ib. XVI: Jà de mon cuer n'istra [ne sortira] mais la senblance Dont [ma dame] me conquist as moz pleins de douçor
     ib. XXII: Et quant recort [je me rappelle] la simple courtoisie Et les douz mos que [elle] seut [a coutume] à moi parler
     Sax. XVII: Enuit [ce soir] l'en adviendra [ce] dont encor [il] ne sait
     Th. le mart. 57: E li sainz comença à à prover, ù li reis par ces leis [lois] voleit tendre et aler
    XIIIème siècle
     Hist. litt. de la France, t. XXIII, p. 791: Par moz couvers et par cointes semblans
QUESNES: « Ne cil [ceux-là] ne sont bien apris ne courtois, Qui m'ont repris, si j'ai dit d'Artois »
BRUN. LATINI: « [Que] nul mal ne issent de vostre bouche »
HUON DE MERI: « ....Ai hardement [hardiesse] pris, Por à mettre en escrit Le tornoiement Antecrist »
PH. MOUSKES: « Et puis s'escria à plain : Traï vos a cil ki vos ot [celui qui vous eut] à guier [guider] et à maintenir »
     Bl. et Jehan, V. 4091: Il en fuiant un court sonne Du cor que il avoit au col
AUD. LE BASTARD: « Vilain [paroles qui attaquent la réputation d'une femme] »
     ib. p. 33: [Il] Lui conta et toute l'entention De bele Beatris....
     Berte, CXXVII: À peine [elle] put dire, tant li cuers lui failli
     As. de J. 148: Sire, tel née [nie] et defent mout à mout le murtre et les cas que tel li met sus
     la Rose, 13188: Tout otroie qui ne dit
     Ren. 19774: Por ce est-il fous qui done à perte Bone aventure quant il l'ot [entend] : Estraire en doit aucun bon , Dont il puisse ces resbaudir Qui son conte volent oïr
BEAUMANOIR: « Li lai [les laïques] qui ont à plaidier contre aus [eux] en cort laie, n'entendent pas bien les mos meismes qu'il dient en françois »
BEAUMANOIR: « Il doit requerre à le [la] cort que se [sa] procuration soit transcrite à , et li transcris seelés du seel de le [la] cort »
RUTEB.: « Mult i a dolor et destrece, Quant l'en chiet en autrui dangier [l'on tombe sous l'autorité d'autrui] Por son boivre et por son mangier ; Trop i covient gros mos oïr »
    XIVème siècle
     Modus, f° CX. verso: On rit, on joue, on rigole ; Et qui scet bon , si le dict, De ce n'est on mie escondit
     ib. f° XX: Quand tu auras trouvé le cerf du limier, tu dois corner pour les chiens long
DU CANGE: « Sacha [tira] le suppliant un petit coutel à un [poignard meurtrier qui ne laisse dire qu'un ], qu'il avoit à sa ceinture »
    XVème siècle
FROISS.: « Ils [les deux Anglais] ne savoient de françois, et l'escuier ne savoit d'anglois »
FROISS.: « Si s'en enorgueillirent grandement, et en commencerent à tenir leurs ramposnes et leurs gros s »
DE LABORDE: « Pour avoir fait tailler et graver les armes de monseigneur et son sur ycelles vervelles »
E. DESCH.: « À nous te fault les armes rendre ; Ren toy, car tu es desconfis ; Dy le , plus ne puez [tu ne peux] attendre »
E. DESCH.: « Elles [les femmes] desirent les citez, Les doulx mos à eulx [elles] usitez, Festes, marchiez et le theatre »
OL. DE LA MARCHE: « Armez et timbrez des armes et timbres des chevaliers, de leurs z, de leurs noms et de leurs devises »
     Perceforest, t. I, f. 123: Dictes hardiement le conseil ; bons s n'espargnent personne
     ib. t. III, f° 162: Et pour ce, noble deesse, veuillez tenir vostre
COMM.: « Il fut contraint de leur accorder toutes leurs demandes ; et après qu'il leur eut dit le après plusieurs allées et venues... »
COMM.: « Et dist quelque bon à chascun de ses gens [quelque aimable] »
COQUILL.: « - Monseigneur - c'est assez. - Seullement ung . - Il est tard »
    XVIème siècle
J. D'AUTON: « Le flamand, foullé et assailly de tous costez, se deffendoit à tous efforts, mais tant estoit jà battu et lassé qu'il estoit prest à dire le et pris »
RONS.: « Tu pourras en trois s luy dire mes ennuis »
J. MAROT: « Puis j'ai congneu que la tienne promesse Ne sont pas z d'evangile ne messe »
DU BELLAY: « Contens n'avoir rien dict qui vaille aux neuf premiers vers, pourveu qu'au dixieme il y ait le petit pour rire »
DU BELLAY: « Souvent pour un bon on perd un bon amy »
RAB.: « ... Luy avoit grandement despleu, quoi qu'il n'en sonnast »
DU BELLAY: « Des s de gueule.... des s dorés »
     ib.: Pleust à Dieu.... que j'eusse le de la dive boutille
MONT.: « Sur le de Solon que.... »
MONT.: « Courir après un bon »
MONT.: « Il fut si miserable de se voir prins au »
DESPER.: « Mon ami, je t'en prie, depeche les moi, je te paierai à tes s [ce que tu me demanderas] »
DESPER.: « Usant de s qui remplissoient la bouche, afin de se faire estimer un grand docteur »

ÉTYMOLOGIE
    Bourg. mô ; prov. et catal. ; esp. et port. e ; ital. to ; napol. mutto ; du bas-lat. muttum, (ne muttum quidem audet dicere) ; du lat. muttum, , grognement, muttire, grogner, murmurer.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE MOT. Ajoutez :

 27   Le de la fin, le , le trait par lequel on termine un discours, un article.
     Journ. offic. 1er avril 1873, p. 2275, 1re col.: Ce -là, messieurs, je l'ai retenu parce qu'il m'a paru devoir être le de la fin

 28   Rapprochement instantané entre deux idées dont le rapport n'était pas visible. Il y a beaucoup de s dans cette pièce. Cette scène pétille de s.

REMARQUE Ajoutez :
    3. Il est bon de rappeler l'idée de Bayle sur la naissance des s.
BAYLE: « Notez que la naissance d'un est pour l'ordinaire la mort d'un autre ; c'est comme à l'égard des productions de la nature »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Une ou plusieurs syllabes réunies, qui expriment une idée. "Mot français, latin, grec, etc. Mot barbare. Vieux . Mot suranné. Mot qui n'est plus en usage, qui est tombé en désuétude, qui a vieilli. Mot nouveau. Mot usité, inusité. Un qui commence à s'introduire. Mot rude, harmonieux. Mot de deux syllabes, de trois syllabes. Ces deux s sont synonymes. Choisir ses s. Effacer, rayer, ajouter un . Bien prononcer, bien articuler les s. Ce est fort expressif, fort significatif. Ce n'est pas de la langue. L'emploi, l'arrangement, le choix des s. Ce a plusieurs significations, plusieurs acceptions différentes. Ce est du style familier, est familier. Ce est dérivé du grec, est emprunté du latin. Mot simple, composé. Dire, expliquer une chose en peu de s. Il lui a dit quelques s obligeants, quelques s de consolation, d'amitié. Il n'y a pas un de cela dans le contrat. Il n'en a pas mis un . Mauvais ."
"Mot propre," Mot qui exprime avec plus de justesse et d'exactitude que tout autre, l'idée qu'on veut faire entendre. "Il faut, pour bien écrire, employer le propre." On dit par opposition, "Mot impropre."
"Mot faible," Celui qui n'exprime qu'imparfaitement l'idée.
"Mot à deux ententes, à double entente," Mot qui a deux sens, qui est susceptible de deux interprétations. On dit aussi, "Mot équivoque" ou "ambigu."
"Jeu de s," Allusion tirée de la ressemblance des s.
"Mot factice," Mot qui est dérivé d'un autre suivant l'analogie ordinaire, mais dont l'usage n'est pas établi.
"Mot forgé," Mot créé par plaisanterie, et formé d'une manière bizarre. "Dans Molière, Désamphitryonner, Dessosier, et Tartufiée, sont des s forgés."
"Mot hybride," Mot composé d'autres s qui appartiennent à des langues différentes. "Choléra-morbus est un hybride."
"Mot artificiel," Mot dont on se sert pour aider la mémoire par l'arrangement des lettres. Ainsi les termes de logique, "Barbara, Celarent, etc.," sont des s artificiels dont on se servait pour graver plus aisément dans la mémoire les différentes espèces de syllogismes.
"Mots consacrés," Mots qui sont tellement propres et usités pour signifier certaines choses, qu'on ne peut pas se servir d'un autre sans parler improprement. Ainsi, en théologie, les s "Consubstantiel" et "Transsubstantiation," sont des s consacrés; de même qu'en physique les s "Gravitation, Raréfaction, Condensation, etc."
"Mots sacramentels" ou "sacramentaux," Mots qui appartiennent à un sacrement; et, par extension, Ceux qui sont essentiels à la validité d'un acte, d'une convention.
Fig. et fam., "Gros s," Jurements. "Il a dit de gros s, des gros s." Il signifie aussi, Menaces, paroles offensantes. "De la raillerie ils ont passé, ils en sont venus aux gros s."
Fig., "Grands s," Expressions exagérées.
"Le d'une énigme, d'un logogriphe, d'une charade," Le nom qu'on propose à deviner dans une énigme, dans un logogriphe, dans une charade.
Fig. et fam., "Traîner ses s," Parler très-lentement. "Compter ses s," Parler avec lenteur et avec affectation. "Manger ses s, la moitie de ses s," Ne pas prononcer nettement toutes les lettres ou toutes les syllabes des s.
Prov., "Dire les s et les paroles," Dire crûment une chose qui aurait besoin d'être adoucie par l'expression. "Il n'a pas ménagé les oreilles de ceux qui étaient présents; il a dit les s et les paroles."
Prov., "Il n'y a qu'un qui serve," signifie tantôt, Décidez-vous, dites-moi votre ; tantôt, Ce que je vous dis est mon dernier .
Fam., "Ce sont des s, ce ne sont que des s," Ces paroles sont vides de sens. Les mêmes locutions signifient aussi, Ces paroles ne seront suivies d'aucun effet. "Ne vous inquiétez pas de ses menaces, ne croyez pas à ses promesses, ce sont des s, ce ne sont que des s."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se prend aussi pour Ce qu'on dit ou ce qu'on écrit brièvement à quelqu'un. "Si vous le voyez, je vous supplie de lui dire un de ma part, un en mon nom, un en ma faveur. Il ne m'en a pas dit un , le traître . Il lui a dit un à l'oreille. Je n'ai pas pu placer un dans la conversation. Je lui ai glissé un de votre affaire. Ce , jeté à propos dans la discussion, a concilié tous les avis. Dites-lui un pour moi dans la lettre que vous lui écrivez. Vous avez lâché là un bien léger, bien indiscret, bien irréfléchi. Je lui en écrirai un . Je vous écris un pour vous apprendre... Faites-moi un de réponse. Je n'ai qu'un à vous dire. Je n'ai que deux ou trois s à lui dire. Nous en dirons demain deux s. Nous en dirons deux s quand vous voudrez. Je vous expliquerai cela en un , en deux s, en trois s, en quatre s:" l'usage ne va pas plus loin; on ne dit pas, "en cinq s."
"Entendre à demi-mot," Comprendre facilement ce qu'un autre veut dire, sans qu'il se soit entièrement expliqué.
"Ne dire , ne répondre ," Ne point parler, ne point répondre. "Il demeura confus et ne dit . Il est parti sans dire , sans dire. Il n'eut pas le à dire, pas le petit , pas le moindre , pas le moindre petit . On eut beau l'interroger, il ne répondit jamais , pas un ."
Fam., "S'il ne dit , il n'en pense pas moins," se dit D'un homme qui parle peu, et signifie, Il a plus d'esprit, plus de sentiment qu'il ne paraît en avoir.
Prov., "Qui ne dit consent," En certains cas, se taire, c'est consentir.
Fam., "Ne sonner ," Ne rien dire. On dit dans le même sens, "Ne pas souffler , le ."
"Un , deux s, s'il vous plaît." Façons de parler familières, dont on se sert lorsqu'on appelle quelqu'un pour lui parler.
Par forme de menace, "Nous en dirons deux s quand vous voudrez," Nous viderons notre querelle quand il vous plaira. On dit dans le même sens, "J'ai à me plaindre de lui, je lui en dirai deux s."
"Bon ," Trait ingénieux, vif et plaisant. "Diseur de bons s. Dire des bons s. Ce que vous dites là est un des bons s d'un tel. Il aimerait mieux perdre un ami qu'un bon . Il est rare de bien répliquer à un bon ."
"Mot fin," Expression d'une simplicité apparente, dont la force ne paraît qu'après qu'on y a réfléchi, et qui fait penser plus qu'elle ne semble dire. "Il y a dans ce compliment un très-fin."
Fig. et fam., "Je n'entends pas le fin de tout cela," Je ne comprends pas ce qu'on veut, à quoi tendent tous ces discours et cette conduite singulière.
Fig. et fam., "Dire le fin ," Manifester entièrement son projet, ses vues. "Il n'a pas encore dit le fin . Ne nous faites plus attendre, dites-nous le fin ."
"Trancher le ," Donner une réponse décisive. "Tranchez le , c'est trop me faire attendre votre réponse." Il signifie aussi, Parler net, dire sa pensée sans ménagement. "C'est un homme sans délicatesse; tranchons le , c'est un fripon."
Fam., "Le grand est lâché," Le qu'on retenait est enfin échappé.
Fam., "Mot pour rire," Ce que l'on dit en plaisantant pour amuser les autres. "Il a toujours le pour rire, le petit pour rire."
"Il n'y a pas là le pour rire," se dit Lorsque la chose dont on parle est trop sérieuse ou trop piquante pour être tournée en plaisanterie. On dit aussi Lorsqu'un homme veut être plaisant et qu'il manque son but: "Il n'y a pas le pour rire à ce qu'il dit. Où est là le pour rire?"
"Vous dites là le ," Ce que vous dites éclaircit la difficulté, est décisif.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Sentence, apophthegme, dit notable, parole mémorable. "C'est un de Socrate. Ce philosophe dit un beau , un grand , un excellent , un bien remarquable."
Il se dit aussi de Pensées moins importantes. "Il lui échappe des s fort heureux, fort spirituels."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit en outre Du prix que l'on demande ou que l'on offre de quelque chose. "Vous voulez vendre cela cinq cents francs? est-ce votre ? ce n'est que votre premier ? Non, c'est mon dernier . Je n'en rabattrai rien, je n'ai point deux s. Je ne suis point homme à deux s. Au dernier , qu'en voulez-vous? Si vous voulez acheter, dites le bon . Il veut être payé à son . Je l'ai fait venir à mon . Il n'a qu'un ."
"Lâcher le ." Voyez LÂCHER.
"Prendre quelqu'un au ," Se hâter d'accepter une offre. Cela se dit surtout quand il s'agit Du prix d'un achat ou d'une vente. "Il ne m'a fait ce cheval que six cents francs, je l'ai pris au . Je lui ai offert cinq francs de ce volume, il m'a pris au . N'ayez pas peur, vous ne serez pas pris au . Vous m'avez offert une chambre dans votre maison, je vous prends au . Je lui ai offert ma bourse, il m'a pris au ."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



dans un sens encore plus particulier, signifie, Un billet portant assurance ou déclaration de quelque chose. "Je vous prêterai mille francs, mais donnez-moi un de votre main, donnez-moi un d'écrit, deux s de votre main."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



parmi les gens de guerre, se dit Du ou plutôt des deux s qu'un chef donne à ceux qui sont sous ses ordres, pour qu'ils puissent se reconnaître entre eux. Quand le chef donne deux s, ce qui a presque toujours lieu, le premier s'appelle "Mot d'ordre," et le second "Mot de ralliement." Cependant on comprend aussi quelquefois sous la dénomination de "Mot d'ordre," l'un et l'autre de ces deux s. "Donner le . Aller prendre le . On l'envoya porter le . Le d'ordre, le qu'on avait donné, le jour du combat, était Saint-Louis et Paris. Quand un poste reconnaît une patrouille, il en reçoit le d'ordre et lui donne celui de ralliement. Les sentinelles avancées doivent avoir le de ralliement. Quand une patrouille rencontre une ronde, elle lui donne les deux s d'ordre." On disait autrefois dans le même sens, "Le du guet."
Prov. et fig., "Avoir le ," Être averti de ce qu'il convient de dire ou de faire dans une certaine circonstance. "Vous pouvez compter sur lui, il a le ."
Prov. et fig., "Ces gens-là se sont donné le , le du guet," Ils sont de concert et d'intelligence ensemble.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



dans une devise, signifie, Les paroles de la devise. "Dans la devise de Louis XII, le corps était un porc-épic, et le ," Cominùs et eminùs; "dans celle de Louis XIV, le corps était un soleil, et le ," Nec pluribus impar.
Il se dit également d'Un ou d'une phrase courte que quelques maisons illustres placent dans leurs armoiries. "La maison de Montmorency a pour ," Aplanôs, "qui en grec signifie, Sans dévier."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

[Le "t" final ne se prononce que devant une voyèle ou quelquefois à la fin de la phrâse.] 1°. "Terme", "expression" (Synon.) Le "mot" est de la langue; le "terme" est du sujet; l'"expression" est de la pensée. L'usage décide du 1er, la convenance fait la bonté du 2d; le tour fait le mérite du dernier. 'La pureté du langage dépend des "mots", sa précision dépend des "termes"; et son brillant dépend des "expressions".
- Tout discours travaillé demande que les "mots" soient français, que les "termes" soient "propres", et que les "expressions" soient nobles.
- Un "mot" hazardé choque moins qu'un , qui a vieilli. Les "termes" d'Arts sont aujourd'hui moins ignorés dans le grand monde: il en est pourtant, qui n'ont de grâce que dans la bouche de ceux, qui font profession de ces arts. Les "expressions" guindées et trop recherchées font à l'égard du discours ce que le fard fait à l'égard de la beauté du sexe: employées pour embellir, elles enlaidissent. GIR. "Synon."
   2°. "Mot", se prend pour ce qu'on dit, ou qu' on écrit à quelqu'un en peu de paroles. 'Il lui dit "un " à l'oreille. 'Dites-lui en "un ". 'Je lui en écrirai "un ". 'Je vous expliquerai cela "en un ", "en" deux, "ou" trois, "ou" quatre "mots". L'"Acad." remarque que l'usage ne va pas plus loin, et qu'on ne dit pas "en cinq s". = "En un ", adv. se place à la tête de la phrâse. "Bossuet" dit; il n'y a qu'à demander "en un " à ces Messieurs, etc. Là il falait dire: "en un ", il n'y a qu'à demander, etc.
- Cependant quand "en un " n'est précédé que de peu de paroles, il peut leur céder la première place. 'Je vous dis "en un ", etc. Je soutiens "en un " que, "etc." = Cet adverbe exprime une récapitulation abrégée de ce qu'on a dit. Quand on veut aporter une dernière raison, une dernière preûve, on doit se servir d'"enfin". J'ai vu des Orateurs et des Écrivains ne pas distinguer le sens et l' emploi de ces deux adverbes: je n'en citerai qu'un seul exemple. 'La Langue, qui se forma dans les Gaules, ne conserva que des s, dérivés du latin. La syntaxe de cette langue se forma diférente de la syntaxe latine. "En un ", la langue naissante se vit asservie à rimer ses vers. L'"Ab. Du Bos". Voilà trois chôses diférentes exprimées dans ces trois phrâses. "En un " est donc déplacé dans la 3e: il falait dire, "enfin". = On dit, sans article: "ne dire ", "ne répondre "; ne pas parler, ne pas répondre. Et le proverbe dit: "qui ne dit consent".
- "Ne soner ", ne rien dire; est plus familier. = On dit d'un homme qui parle peu, "s'il ne dit , il ne pense pas moins"; ce qui se dit quelquefois par dérision. = On dit, "traduire à ". Plusieurs disent " pour ", comme "Boileau", "Fontenelle", "Fréron", M. l'Ab. "de Lille", etc. "Bossuet" disait "de à ". Le P. "Paulian", dit " par ". Celui-ci doit probablement être mis sur le compte de l'Imprimeur.
- Le "Rich. Port." ne met que " à ", et " pour ": l'"Acad." done plusieurs exemples du 1er et un seul du 2d. = "Bossuet" dit de "Luther": il faut que tout "pâsse à son ", c. à. d. que tout se fasse suivant son goût et par ses ordres. Je ne crois pas que cette expression soit usitée aujourd'hui, du moins hors du discours familier. L'"Acad." dit: il veut être payé "à son ".
   "À~ demi ", adv. Un Auteur moderne a dit au pluriel, "à demi-mots": ce n'est pas l'usage. 'Il est des chôses, qu'il faut entendre "à demi-mots". On dit toujours "à demi-mot", au singulier. = "À~ ces s", adv. Quand il eut dit cela. '"À~ ces s", Idoménée embrassa Télémaque. "Fénél."
- Il se met à la tête de la phrâse. = "Sans dire ", adv. Sans parler, sans rien dire. 'Il se retira "sans dire ". On peut pâsser aux Poètes qui ont besoin d'une syllabe de plus de dire "sans dire le ".
   Monsieur part "sans dire le ".
       L'Ab. "Reyre".
L'"Acad." met, "sans dire ", "sans dire". = "N' avoir pas le plus petit à dire à" une chôse; n'avoir rien à répliquer: 'Cela est vrai, je "n'ai pas le plus petit à dire à" cela. "Th. d'Éduc." = "Prendre" quelqu'un "au ", accepter sur le champ les ofres qu'il fait. = "Doner le à" quelqu'un; convenir de ce qu'on doit dire ou faire en présence d'autres persones. 'Cette demoiselle se tournoit souvent de mon côté d'un air amical et familier; et moi je m'y conformois, comme si elle "m'avoit doné le ". MARIV.
- "Avoir le ", être averti, être d'intelligence avec quelqu'un. 'Cet homme, qui "avoit le ", ne fit semblant de rien. Les deux derniers ont raport au n°. 4°. Voy. à la fin. = "Avoir le pour rire", être plaisant. 'Je ne vois pas "où est le pour rire" à tout cela. = "Trancher le ", dire nettement sa pensée. = "Traîner ses s", parler très-lentement. = "Compter ses s", parler avec lenteur et avec afectation.
   "Création des s". VOLTAIRE a dit:
   Si vous ne pensez pas, créez "de nouveaux s".
On pourrait dire peut-être encore mieux, en renversant le sens du vers:
   Si vous pensez beaucoup, créez "de nouveaux s"
Horace en seroit le garant:
   "Dixeris egregiè notum si callida verbum",
   "Reddiderit janctûra novum".
Mais il faut que ce soit, "licentia sumpta pudenter". FRÉRON.
   À~ ce compte, on pourrait dire qu'il y a peu de pudeur parmi le plus grand nombre des Auteurs modernes. Jamais les licences poétiques n'ont été aussi loin que celles que se donent aujourd'hui les prosateurs. Il n'est si petit Auteur, qui ne se croie en droit de créer des s, et jamais le néologisme n'a fait de si grands ravages. Si de "créer des nouveaux s" était une preûve qu'on pense beaucoup, jamais la France n'aurait eu un si grand nombre de "penseurs profonds" et vigoureux. Mais tous ces Néologues ne sont pas des "Rousseau" de Genève et des "Linguet". Il en est beaucoup, dont tout le mérite consiste dans l'afectation de ces locutions éphémères; je dis mérite aux yeux des sots. Dans le droit, "Fréron", qui a corrigé le vers de "Voltaire", avait raison. Dans le fait, c'est "Voltaire", qui a le mieux dit:
   Si vous ne pensez pas, "créez de nouveaux s".
"J. J. Rousseau" exprime, dans la phrâse suivante, les conditions que doit avoir "la création des s nouveaux": 'Quand j'ai hazardé le "investigation", j'ai voulu rendre un service à la Langue, en y introduisant un terme "doux et harmonieux", dont le sens "est déjà connu", et qui "n'a point de synonyme" en français. C'est, je crois, toutes les conditions qu'on exige, pour autoriser cette liberté salutaire.
   "Fortune des Mots". 'Qui pourroit rendre raison, dit "La Bruyère", de la fortune de certains s, et de la proscription de quelques aûtres? "Ains" a péri: la voyèle qui le comence et qui est si propre à l'élison, n'a pu le sauver: il a cédé à un autre monosyllabe ("mais") qui n'est au plus que son anagramme. "Maint" est un , qu'on ne devoit jamais abandoner, et par la facilité qu'il y avait à le couler dans le style, et par son origine, qui est toute française. "Moult", quoique latin, était dans son tems d'un même mérite, et je ne vois pas par où "beaucoup" l'emporte sur lui, etc. etc. "Horace" l'a dit:
   Multa renascentur qu? jam cecidere, cadentque.
   Qu? munc sunt in honore vocabula, si volet usus,
   Quem penes arbitrium est et jus et norma loquendi.
L'usage est le souverain arbitre des langues. Mais on peut lui faire quelquefois de très-humbles remontrances, ou apeler même de ses Arrêts.
   "Mots consacrés". On apèle ainsi des s particuliers, qui ne s'emploient que dans certaines ocasions: tels sont "Trinité", "Incarnation", "Nativité", "Anonciation", "Cénacle", "Cène", etc. Les s propres des Sciences et des Arts sont dans le même cas, tels que "groupe", "attitude", "clair-obscur", "etc." dans la Peintûre, "raréfaction", "condensation" dans la Physique, etc. Mais ceux-ci ne sont "mots consacrés" que dans le propre; ils ne le sont pas dans le figuré, quand ils peuvent y être employés. = Quand le sujet l'exige, on doit employer ces "mots consacrés", et non pas leurs synonymes. Celui, qui, au lieu de "la Nativité" de N. S. "la Visitation" de la S. V. voudrait dire, la Fête de "la Naissance" de N. S. la Fête de "la Visite" de la S. V. ne dirait rien qui vaille.
- Cependant on dira bien":" "la Naissance de" N. S. est bien diférente de "celle des" Princes: '"La Visite" que rendit la Ste Vierge à~ sa Cousine n'avait rien des "visites" profanes du monde. C'est ainsi qu'il faut s'exprimer dans ces phrâses, à caûse de "celle" et de "Visites", qui sont dans le second membre. BOUH. "Nativité" et "Visitation" ne vaudroient rien là. Mais ceux, qui ont dit "une chambre haute" pour "le cénacle", devaient dire aussi "le souper" pour "la scène". L'un n'est pas plus ridicule que l'aûtre, et tous deux sont contre l'usage.
   "Jeux de s", pointes, quolibets. On dit aujourd' hui "calembourg". Ils ont toujours été une preuve de mauvais goût; et les bons esprits leur ont toujours fait la guerre. "Molière" et "Boileau" sur-tout les ont combatus avec succês. Nous aurions besoin aujourd'hui de plusieurs "Boileau" et de plusieurs "Molière".
   "Bons s:" ils ne le sont pas pour tout le monde: il en est même peu, qui soient universellement goûtés. Il est impossible de les traduire d'une langue à l'aûtre. 'Il expliquait "les bons s" du Roi à son Maitre, et quoique traduits, ils paraissaient toujours "des bons s". De tout ce qui étonait Candide, ce n'était pas ce qui l'étona le moins. "Volt." = Remarquez qu'on dit "des bons s", et non pas "de bons s"; comme on dit "des petits-maîtres", "des petites maisons"; et non pas "de petits-maîtres", "de petites maisons".
- On dit aussi "des grôs s", et non pas "de gros s", des paroles obscènes.
   Ce n'étoit plus ces pieux entretiens,
   Qu'il entendoit chez nos douces vestales,
   Mais "des gros s", et non des plus chrétiens.
       "Ververt".
"Des gros s" sont aussi des injures grossières.
M. "Moreau" dit "mauvais ", pour dire, un bon , qui n'est qu'une mauvaise plaisanterie. On dit toujours "des bons s", même quand ils sont "mauvais". On peut dire en plaisantant, un "mauvais" ou un "méchant bon ".
   3°. "Mot", se dit pour sentence, apophtègme, dit remarquable. 'Ce Philosophe a dit "un" beau, un excellent "mot".
- 4°. Parmi les gens de guerre, le que le Comandant done à ceux qui sont sous ces ordres, pour que ceux du même parti se puissent reconaître. '"Le du guet", le " de" ralliement. 'Doner "le ": aler prendre "le ".
- 5°. "Le " d'une énigme, d'un logogriphe, est le qui exprime le nom de la chôse décrite. = Dans une devise, ce sont les paroles de la devise. Voyez DEVISE.




Emplacement dans le dictionnaire :

moruë
morutier
morve
morveau
morveux
mosaique
mosaïque
moscovite
mosquée

mot employé en composition
motard
motelle
moterelle
moteur
motif
motilité
motion
motivation
motivé
motiver




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...; évite les ruisseaux et les sources qu'ombrage une épaisse verdure opposée au soleil, et ne te laisse pas charmer par le sommeil. Le Vieillard sois sans crainte. Agamemnon Vieillard, encore un mot : écoute. A tous les carrefours, chaque fois que la route se bifurque, prends garde et veille que le char qui porte mon enfant n'échappe à ton regard. Et s'il vient à passer, saisis à la crinière...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...des Tahitiens est un peu celui des petits enfants. -ils sont capricieux, fantasques, -boudeurs tout à coup et sans motif ; - foncièrement honnêtes toujours, -et hospitaliers dans l'acception du mot la plus complète... le caractère contemplatif est extraordinairement développé chez eux ; ils sont sensibles aux aspects gais ou tristes de la nature, accessibles à toutes les rêveries de...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...parlent français, vous adressent alors, de la part de la reine, quelques questions saugrenues au sujet de la dernière guerre d'Allemagne. Elles parlent fort, mais lentement, et accentuent chaque mot d'une manière originale. Les batailles où plus de mille hommes sont engagés excitent leur sourire incrédule ; la grandeur de nos armées dépasse leurs conceptions... l'entretien pourtant languit...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...incohérence de ses idées et de ses conceptions. Dieu sait que, dans les limites de ma faible foi, je la dirigeais avec amour vers tout ce qui me semblait bon et honnête. Dieu sait que jamais un mot ni un doute de ma part ne venait ébranler sa confiance naïve dans l'éternité et la rédemption, et bien qu'elle ne fût que ma maîtresse, je la traitais un peu comme si elle eût été ma femme. Mon...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...de cigarettes de pandanus. Un interprète en habit noir se tenait debout près de cette femme qui entendait le français comme une Parisienne, et qui n'a jamais consenti à en prononcer seulement un mot. L'amiral, le gouverneur et les consuls étaient assis près de la reine. Dans cette vieille figure ridée, brune, carrée dure, il y avait encore de la grandeur ; il y avait surtout une immense...


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